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"J'en avais ras-le-bol" : en Lozère, un agriculteur a tué sept loups d'un parc avec des boulettes empoisonnées
Pendant près d'un an, un éleveur lozérien a introduit à plusieurs reprises des appâts empoisonnés dans le parc des Loups du Gévaudan (Lozère). Sept loups sont morts. Jugé devant le tribunal correctionnel de Mende, il a été condamné à deux ans de prison avec sursis.
"C'était la colère". Face au tribunal correctionnel de Mende, Nathan S., 27 ans, a tenté d'expliquer les raisons qui l'ont conduit à empoisonner sept loups du parc des Loups du Gévaudan, près de Marvejols, en Lozère. L'éleveur bovin, poursuivi pour destruction illicite d'une espèce animale non domestique protégée et atteinte au patrimoine naturel, a reconnu l'intégralité des faits.
Entre le 1er novembre 2024 et le 10 septembre 2025, sept loups du parc ont succombé à des appâts empoisonnés. Les décès se sont succédé au fil des mois : un premier loup le 12 novembre 2024, puis d'autres les 29 novembre, 23 janvier, 29 janvier, 27 février, 23 avril et enfin le 10 septembre 2025.
L'affaire débute avec une plainte déposée le 24 décembre 2024 par la SELO, société d'économie mixte qui gère le parc pour le compte du département de la Lozère. Une enquête est alors ouverte par la gendarmerie. Les investigations s'accélèrent après l'installation de caméras de surveillance supplémentaires autour du site. Les enquêteurs identifient deux véhicules présents à proximité du parc dans les jours précédant plusieurs empoisonnements : un tracteur Ferguson et une Citroën. Les recherches permettent également de mettre au jour des achats répétés de raticide sur les comptes bancaires du suspect.
Le 10 mars 2026, une perquisition menée à son domicile conduit à la découverte de cinq kilogrammes de mort-aux-rats. Entendu par les enquêteurs, Nathan S. reconnaît avoir mélangé du raticide à de la viande avant de fabriquer des boulettes qu'il donnait aux loups du parc. Il admet avoir renouvelé l'opération à une dizaine de reprises.
"C'était un ras-le-bol"
Installé avec son père sur une exploitation d'une centaine d'hectares comptant près de 300 vaches, à proximité immédiate du parc, le prévenu a expliqué son geste par son exaspération face à la présence croissante des loups sur le territoire. "Un jour ou l'autre, ils s'attaqueront à mes bêtes", a-t-il déclaré à la présidente du tribunal.
Interrogé sur d'éventuelles attaques subies par son troupeau, il a toutefois reconnu n'avoir jamais été victime directement de la prédation du loup. "C'était un ras-le-bol. Ce n'était pas réfléchi", a-t-il affirmé. Avec le recul, le prévenu dit regretter ses actes, tout en estimant que "la problématique du loup dans les élevages n'est toujours pas réglée".
Le procureur dénonce des actes préparés et répétés
Pour le procureur de la République de Mende, Valéry Morron, les faits ne peuvent en aucun cas être assimilés à un simple mouvement d'humeur. "Vous parlez d'un coup de tête, mais lorsque l'action est répétée et préparée à plusieurs reprises, ce n'est plus un coup de tête, c'est une démarche volontaire et réfléchie, a-t-il lancé au prévenu.
Le magistrat a également insisté sur le caractère protégé de l'espèce visée. "Je trouve indigne qu'un éleveur, dont le métier consiste à élever et à protéger ses animaux, s'en prenne à ceux des autres et les tue", a-t-il déclaré.
"Chaque matin, nous avions peur de retrouver un animal mort"
À la barre, l'émotion était palpable chez le personnel du parc. Sylvain Macchi, responsable zootechnique, a raconté les mois d'inquiétude vécus par les équipes. "C'était un stress permanent. Chaque jour, nous avions peur de retrouver un animal mort. Il est inadmissible que des loups captifs aient été empoisonnés de cette manière", a-t-il témoigné.
Pour les soigneurs, les animaux disparus étaient bien plus que de simples pensionnaires du parc. Une souffrance également évoquée par Roger Crueyze, directeur général de la SELO. La structure n'a pourtant pas souhaité se constituer partie civile. "Oui, nous avons subi un préjudice, c'est évident, mais nous ne voulions pas profiter de cette situation", a-t-il expliqué.
Tout en affirmant comprendre les difficultés rencontrées par les éleveurs confrontés à la prédation du loup, il a tenu à distinguer la situation des loups sauvages de celle des animaux hébergés au parc : "il faut bien distinguer les loups dans le parc et les loups à l'extérieur. En l'occurrence, nous parlons ici de loups captifs", a-t-il insisté.
Le directeur a également rappelé que les 88 loups du parc sont identifiés par puce électronique et régulièrement contrôlés par les services compétents, notamment l'Office français de la biodiversité (OFB) et la Direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP).
Roger Crueyze a souligné les conséquences humaines de cette affaire pour les équipes du parc : "cela a été très difficile pour les zootechniciens. Ils sont très attachés aux animaux qu'ils connaissent et élèvent au quotidien". À la suite des premiers empoisonnements, le parc a renforcé son dispositif de sécurité : "nous avons fait installer pour 37 000 euros de caméras supplémentaires, ainsi que d'autres équipements de protection", a-t-il précisé, évaluant le coût total des mesures engagées à près de 50 000 euros.
Une condamnation et dix jours pour faire appel
L'avocat du prévenu, Maître Alain Dibandjo, a replacé cette affaire dans le contexte plus large des tensions persistantes entre le monde agricole et le retour du loup en Lozère. "Nous sommes dans un département où la cohabitation entre le monde agricole et le loup fait débat depuis de nombreuses années", a-t-il souligné à l'issue de l'audience.
Il a mis en avant l'inquiétude croissante des éleveurs face à l'augmentation de la population de loups et aux conséquences de la prédation sur les exploitations agricoles, estimant que "ce n'est pas la présence du loup qui est remise en cause, mais sa prolifération et les difficultés qu'elle engendre pour certains éleveurs".
Selon lui, son client a agi sous l'effet d'un profond sentiment d'exaspération partagé par une partie du monde agricole. "Il s'agit d'un ras-le-bol lié à une situation que certains agriculteurs vivent comme une menace permanente pour leur activité", a-t-il plaidé.
L'avocat a également évoqué les nuisances rapportées par son client, notamment la présence de vautours attirés à proximité de l'exploitation par les carcasses destinées à l'alimentation des loups du parc, l'exploitation de Nathan S. étant située en bordure immédiate du site.
Le tribunal correctionnel de Mende a finalement condamné Nathan S. à deux ans d'emprisonnement avec sursis probatoire. Le jeune éleveur dispose désormais d'un délai de dix jours pour faire appel de cette décision.
https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-gard-lozere/j-en-avais-ras-le-bol-en-lozere-un-agriculteur-a-tue-sept-loups-d-un-parc-avec-des-boulettes-empoisonnees-6506967Difficultés des éleveurs, tensions persistantes, je veux bien l'entendre... mais s'en prendre à des loups captifs, par définition inoffensifs pour ses troupeaux, c'est juste ignoble en fait, et ça n'a juste aucun rapport... Il a juste passé ses nerfs sur les animaux qui étaient le plus facile à atteindre (voir il a voulu "punir" inconsciemment ceux qui aiment et qui protègent les loups), et 2 ans de sursis pour 7 loups morts, moi je trouve pas ça cher payé...
En plus, le parc j'y suis allée l'année dernière... visiblement c'était sous le secret de l'instruction car c'est justement Sylvain Macchi, qui nous avait fait la visite (un type très sympa, avec beaucoup d'humour d'ailleurs), ne nous en avait pas parlé...
Si vous passez dans le coin, n'hésitez pas à aller y faire un tour, c'est un très beau parc (vous pouvez même prévoir de manger sur place, c'est plutôt bon et y'a une belle terrasse en hauteur, de laquelle on voit tout le parc et les alentours), et les loups sont dans des enclos gigantesques et respectés pour ce qu'ils sont. Les loups sont superbes, et il y a des naissances et tout... (alors oui, ils sont en captivité... mais vu qu'à l'extérieur tout le monde veut leur peau...

).
Bref je leur fais de la pub parce que c'est un beau projet... (à la base, le parc a été créé dans le cadre d'un sauvetage d'une centaine de loups des pays de l'Est, destiné à la fourrure par la Fondation Brigitte Bardot... puis, les autres loups qu'ils ont récupérés viennent d'autres parcs zoologiques, aucun des loups de ce parc n'a été prélevé dans le milieu sauvage).
Force aux gens du parc, ça doit être horrible de perdre des animaux que l'on a vu naître, évoluer et dont on a pris soin dans ces conditions...