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De plus en plus de femmes se font abandonner par leur mec en pleine randonnée
François Montcorbier – 19 mars 2026 à 8h25
Popularisé sur TikTok, le concept de «divorce alpin» désigne ces situations dans lesquelles un homme part devant sa partenaire en pleine balade, parfois dans des conditions risquées... Mais pourquoi, au juste?
Sur TikTok, on l'appelle désormais «alpine divorce» ou «divorce alpin»: ce moment bien particulier lors duquel un homme laisse sa partenaire en plan en pleine randonnée, parfois dans des conditions franchement dangereuses. Derrière ce terme décalé et ironique, emprunté à une nouvelle de 1893 de l'écrivain Robert Barr, se cachent des récits très contemporains de lâcheté, d'ego, et de masculinité mal digérée.
MJ, 38 ans, travaille dans les relations publiques. Elle a décidé de témoigner anonymement dans les pages du Guardian. Il y a cinq ans, elle part de Los Angeles pour un séjour à Zion, dans l'Utah, avec un homme qui n'est ni tout à fait son petit ami, ni vraiment un simple flirt. Ce jour-là, elle se sent mal et n'est pas du tout dans son assiette. Sur le sentier vertigineux d'Angel's Landing, l'homme s'agace de son rythme trop lent. «Je lui ai dit: “Vas-y, passe devant.” Il n'a pas hésité», raconte-t-elle. En haut, ils posent pour une photo. À la descente, il redescend avec une autre femme rencontrée sur le chemin, laissant MJ terminer seule. La relation s'arrêtera peu après.
Ce n'est qu'en ouvrant TikTok, des années plus tard, que MJ met un mot sur ce qu'elle considère comme un petit trauma: un divorce alpin. Sous ce hashtag, des femmes racontent des scènes similaires: un partenaire qui marche cent mètres devant sans se retourner, un homme qui «fait sa course» plutôt qu'une sortie à deux, un conflit qui dégénère et se termine par un «débrouille-toi» en rase campagne.
Dans une vidéo devenue virale, vue plus de 25 millions de fois, une jeune femme filme sa progression incertaine sur un terrain rocheux, en larmes: «Il m'a laissée toute seule, je n'aurais jamais dû venir avec lui». Dans les commentaires, les témoignages affluent. Une femme raconte douze heures de marche pour sortir du Grand Canyon après avoir été abandonnée par son petit ami, aidée par «un très gentil Norvégien» qui portera son sac. Une autre explique s'être perdue dans les bois avant de rentrer chez elle et de bloquer immédiatement le numéro de son compagnon.
De l'ego masculin mal placé
Ces histoires ont un point commun: une forme de dépendance implicite. Beaucoup de ces femmes n'avaient pas les cartes, l'eau ou l'habitude du terrain, parce qu'elles avaient fait confiance à leur partenaire, censé gérer l'itinéraire et la préparation de la randonnée. «C'est extrêmement fréquent», constate Julie Ellison, ancienne rédactrice en chef de Climbing magazine. Elle y voit la manifestation d'un «ego masculin» pas forcément malveillant, mais qui «a souvent des effets négatifs sur la personne laissée derrière».
Il ne s'agit pourtant pas que de mauvaise éducation ou de rustrerie: en Autriche, un alpiniste amateur a récemment été condamné pour homicide par négligence après avoir laissé sa compagne épuisée près du sommet du Grossglockner, le plus haut sommet du pays, par une nuit glaciale. Cette dernière est morte de froid, alors qu'un hélicoptère de secours était disponible et qu'elle disposait de matériel d'urgence qu'il n'a pas pris la peine de lui mettre. Une ex-compagne a témoigné qu'il l'avait déjà abandonnée sur un sentier en 2023. Là encore, l'«alpine divorce» n'avait rien de métaphorique.
«Nous savons très bien nous débrouiller sans eux»
Pour le thérapeute new-yorkais Doriel Jacov, spécialiste des dynamiques de couple, la culture outdoor valorise une version traditionnellement virile de l'aventure: dépassement de soi, stoïcisme, indépendance: «La manière dont on socialise les hommes autour de la force et de l'endurance joue clairement un rôle dans la façon dont le divorce alpin se manifeste», analyse-t-il. Laisser quelqu'un dans un environnement qu'il ne sait pas gérer seul, insiste-t-il, relève d'une dynamique abusive.
D'autres voix dans le milieu des activités en plein air refusent toutefois d'en faire une histoire d'hommes meneurs et de femmes victimes. «Croyez-le ou non, nous savons très bien nous débrouiller sans eux», rappelle Julie Ellison, qui se méfie des clichés de genre. L'écrivaine et musheuse Blair Braverman, finisheuse de l'Iditarod, renverse même le scénario: «Si j'étais en montagne avec un homme qui s'éloignait de moi, je serais plus inquiète pour lui que pour moi.»
Ce que les récits de divorce alpin racontent aussi, c'est la solidarité. Quand son ex la plante, MJ descend finalement avec une inconnue et son fils. Naomi, randonneuse de l'Utah, aide une autre femme tétanisée par le vertige à sortir d'une cuvette rocheuse, pendant que son rendez-vous galant était parti récupérer son appareil photo. «Elles m'ont dit: “Tu ne redescendras pas seule”, se souvient une internaute sous la vidéo virale. On a fini la rando toutes les trois.»
Après son expérience à Zion, MJ a arrêté de randonner pendant un an, persuadée qu'il y avait «quelque chose qui clochait» chez elle parce qu'elle n'avait pas réussi à suivre son partenaire. Il lui faudra deux voyages en solo dans le Montana pour retrouver le plaisir de marcher seule. Aujourd'hui, elle vit en Caroline du Nord, en couple avec un homme «pas vraiment fan de randonnée».
https://www.slate.fr/societe/femmes-abandonner-mec-randonnee-alpine-divorce-tiktok-trend-homme-balade-ego-masculin-virilite-misogyniehttps://www.tf1info.fr/justice-faits-divers/il-avait-abandonne-sa-compagne-au-sommet-d-une-montagne-un-autrichien-condamne-pour-homicide-involontaire-2426020.htmlA la suite de l'affaire autrichienne (et, pour moi, très clairement, c'est au moins un meurtre... mais bref

), on parle de plus en plus de cette forme de violence - qui n'est pas nouvelle, finalement, mais maintenant elle porte un nom officielle - exercée généralement par les hommes sur les femmes (j'ai envie d'écrire "comme d'hab"... mais peut-être me reprocherait on une légère misandrie...

).
Et c'est marrant (ou pas), mais c'est un truc dont j'avais déjà entendu indirectement parlé, par des amies... des mecs un peu sportifs, en tout cas plus que leurs compagnes, qui ne supportent juste pas l'idée de l'attendre, de se dire que là maintenant c'est une balade et pas un trail de compétition, et qui n'attendent pas, l'engueulent parce qu'elle ne marche pas assez vite, râlent dès qu'il s'agit de faire une pause etc...
Et je trouve, à la réflexion (et peut être à la déconstruction d'une forme d'acceptation féminine pour le coup, où on intègre tellement que c'est nous le problème parce que mine de rien, on est baigné dans une éduction performative plutôt que bienveillante. Et questionner cela est effectivement crucial. D'ailleurs, l'état d'esprit de conquête, de performance face à la nature qu'on trouve dans les sports outdoor ou extrêmes me semble de plus en plus toxique et délétère. Bref, fin de la parenthèse...) que sans que ça aille aussi loin qu'un abandon pur et simple en haute montagne, c'est
déjà une forme de violence...
Et c'est bien aussi de rappeler qu'en rando, surtout en montagne (même pas haute d'ailleurs) oui c'est dangereux de laisser quelqu'un en difficultés traîner derrière, que ça se fait juste pas et que la solidarité est la règle de base...
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Une femme raconte douze heures de marche pour sortir du Grand Canyon après avoir été abandonnée par son petit ami, aidée par «un très gentil Norvégien» qui portera son sac.
Donc, la nana est partie avec le gentil Norvégien...
Blague à part, cette anecdote nous donne une bonne conclusion, le mec t'attends avec bienveillance et te porte ton sac si tu galères, green flag. Tu le gardes au chaud.
Il t'engueule parce que tu ne peux pas aller aussi vite que lui et te mets 50 mètres dans la vue sans se retourner... red flag. ça dégage.
Des fois, la vie c'est pas si compliqué...
